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HÔTEL-DIEU. MUSEE GREUZE DE TOURNUS.


Si vous venez au Salon des Antiquaires de Tournus, pourquoi ne pas en profiter pour visiter, aussi, l’HÔTEL-DIEU Musée Greuze de Tournus?

Cet ensemble architectural qui vient d’être restauré est remarquable à plus d’un titre. Ce lieu comprend donc un hôpital et son apothicairerie et dans les anciens bâtiments conventuels un musée, enfin dans l’enceinte de cet ensemble on découvre un jardin dit de “simples” qui est un vrai petit bijou et qui inspire à la méditation. Nous vous laissons découvrir tout cela et nous évoquerons juste en quelques lignes l’histoire de cet Hôtel-Dieu et quelques traits sur Greuze et son œuvre.

L’Hôtel-Dieu, dont la restauration s’est achevée en 2003, a été fondée au début du Xème siècle et a connu de nombreux avatars avant de voir débuter son implantation actuelle à partir de 1661. Des prélats célèbres seront à la tête de l’Hôtel-Dieu : citons les cardinaux, de la Rochefoucault , Bouillon : mêlé à la querelle janséniste et forte tête , et enfin, le bon cardinal de Fleury.

Cet ensemble comporte deux salles de malades séparées par une chapelle et en 1789 on décide, devant la capacité d’accueil insuffisante, de bâtir une troisième salle dite salle des soldats, cette salle part de la chapelle et est perpendiculaire aux deux autres salles. La porte centrale est surmontée d’un campanile avec dôme. Enfin au bout de la salle sud se trouve une magnifique apothicairerie et en annexe une salle avec un très beau mobilier. Le bâtiment conventuel est perpendiculaire à la salle des femmes et il est entièrement réaménagé au cours du XXème siècle et comporte deux étages. C’est dans cette partie que fut aménagée le musée Greuze.

Pour en finir avec cette courte évocation de l’histoire de l’Hôtel-Dieu de Tournus disons que cet hôpital cesse son activité en 1978. S’ensuivent dix années de vide, de projets, de négociations qui débouchent, on a envie de dire ; enfin!.., en 1998 sur le début des travaux de restauration pour arriver en l’an de grâce 2003 au résultat que vous pouvez admirer aujourd’hui.
Venons en maintenant au musée Greuze qui comporte une partie archéologique et une partie consacrée à des œuvres plus contemporaines qui ont été données au musée par un très généreux mécène et plusieurs salles consacrées à Greuze l’enfant du pays : au total: 34 œuvres. Quelques mots sur l’artiste dont nous avons fêté en 2005 le bicentenaire de la mort. Greuze est donc né à Tournus en 1725 et il est mort au Louvre en 1805 complètement oublié si l’on en croit ses biographes. Il apparaît que le bonhomme “Greuze” n’était pas quelqu'un de facile à vivre avec un orgueil insupportable, il a finalement lassé son principal “supporteur” : Diderot, qui après quelques années d’admiration et d’éloges écrit au sculpteur Falconnet : le créateur du “ cavalier de bronze” statue de Pierre le Grand à St Pétersbourg : “Greuze est un excellent artiste mais une bien mauvaise tête”. Il faut avoir ses dessins et ses tableaux, et laisser là l’homme. Greuze est très habile dans l’art de promouvoir sa peinture et dans la manière de conduire sa carrière hors des moyens traditionnels de l’époque. Sa vie privée n’a pas été une réussite : il a épousé la fille de l’imprimeur Babuti qui lui a donné 3 filles dont une a donné des cours d’art pictural à Georges SAND. Cette épouse était une drôlesse : mauvais caractère et notoirement infidèle et en plus aurait tenté de l’assassiner une nuit d’un coup de pot de chambre sur la tête. Ceci dit il a fréquenté des personnalités marquantes de la fin du siècle des lumières ; l’anglais Horace Walpole, le roi de Suède Gustave III le Grand Duc Paul fils de Catherine II de Russie, Benjamin Franklin dont il fit le portrait, l’Empereur Joseph II d’Autriche qui l’a anobli et des princes Russes qui lui achètent ses œuvres au moment où Falconnet, dont nous parlions tout à l’heure, réalise le cavalier de bronze que lui a commandé l’Impératrice de Russie. Notre homme savait donc se faire apprécier et mettre au placard son sale caractère.

Venons-en au peintre et à sa peinture : nous dirons, pour paraphraser un titre de film : aimez-vous Greuze? Depuis bientôt 2 siècles les avis sont très variés et ont changé au fil du temps. Très rapidement essayons de faire un panorama de la “ cote Greuze”. De 1764 à 1780 on louange les œuvres dans les sillage de Diderot qui a énoncé les canons du classicisme du siècle des lumières, ce classicisme a un caractère novateur avec une plus grande rigueur et en même temps une représentation plus stricte de la réalité. En résumé l’homme est placé au centre d’un drame dans de nombreux tableaux de Greuze et ce pathétique moralisateur plaît à Diderot. Il est intéressant de donner deux avis divergents devant le même tableau “La mère bien aimée”; Diderot : cela prêche la population et peint très pathétiquement la bonté et le prix inestimable de la paix domestique, ce commentaire est piquant au sujet d’une œuvre de Greuze quand on connaît sa réussite dans le domaine de la vie domestique.

Mme De Genlis devant la même oeuvre : je ne vois là-dedans qu’une fricassée d’enfants. Beaucoup de critiques de l’époque ont éreinté l’artiste; parlant de l’érotisme larvé, de pure convention, de dessin approximatif au sujet de ses tableaux. Le sommet fut atteint avec le fameux tableau : Septime Sévère et Caracalla à propos duquel Cochin écrit une critique terrible parlant de couleurs sales et autres gracieusetés. Bref, au début du XIXème siècle, Greuze est oublié mais on le copie et on le copie mal ce qui ne fait qu’aggraver son image et sa cote et il faut arriver au XXème siècle pour que l’on reparle de Greuze sous un nouvel éclairage même si certains associant Diderot et le peintre écrivent en 1955 que l’art de Greuze et la critique de Diderot en 1765 sont bien vieillis : Hegel et son esthétique sont passés par là.

Nous sommes redevables à un honorable citoyen américain : M. Edgar Munhall d’avoir remis Greuze à sa juste place. Juste, car M.A. Fermigier : éminent critique d’art de la fin du siècle , a parlé d’une injustice réparée. Commentant une exposition Greuze à Dijon en 1977 M.A. Fermigier a comparé l’art du peintre à Fussli et même à presque Goya.

Nous terminerons en citant m. Munhall : Greuze a mis son talent au service des préoccupations émotionnelles des hommes de son temps avec une largeur de vues dont peu de ses contemporains pouvaient se prévaloir. Greuze a été le précurseur de Courbet et de Millet écrit encore A. Fermigier.

Concluons : Greuze a dit un jour en parlant de ses œuvres “ J’avais trempé mon pinceau dans mon cœur”. C’est pourquoi l’homme de bien en fait gloire à l’humanité, le méchant lui-même est ému.

Nous souhaitons que ces quelques lignes vous incitent à visiter “Greuze” et peut-être à l’aimer ou à tout le moins à le découvrir ou à le redécouvrir d’autant que son siècle : le siècle des lumières, est à la mode et que notre Tournusien est bien de son siècle. Attention en sortant de votre visite en vous redemandera : “ aimez-vous Greuze”?

Alain ASTEGIANO